Accueil analyse
La Ligue 1 en Europe, c'est quoi le problème ?
Aux footix, on est tous journaliste sportif. Envoyez vos articles à articles@lesfootix.com, les meilleurs seront publiés chaque jours. Allez jeter un œil à notre manifeste

La Ligue 1 en Europe, c'est quoi le problème ?
2019-12-04
Voilà plusieurs années que les clubs français n'y arrivent plus en coupe d'Europe. On a cherché à comprendre pourquoi.
Nicosie, Copenhague, Malmö, LASK, Cluj, Ludogorets, Genk, Alkmaar…

Pas exactement des cadors européens. Et pourtant, ces clubs sont en ballotage favorable pour se qualifier pour les 32e de finale de l’Europa League. A côté de ça, Nice et Saint-Etienne sont déjà éliminés.

En ligue des champions, Lille émarge pour le moment à 1 points quand Lyon devra faire un résultat face à Leipzig pour se qualifier. Loin d’être gagné d’avance quand on connait le pédigré de Garcia dans la compétition.

Ce n’est une nouvelle pour personne, la ligue 1 a du mal à briller en coupe d’Europe et ça ne date pas d’hier. En dehors de quelques équipes au vécu européen (Lyon, Marseille ces dernières saisons) et de la folle aventure Rennaise l’an dernier, les clubs français n’y arrivent pas.

Invoquer la faiblesse du championnat ne tient pas. Difficile de croire que, tout champion chypriote qu’il soit, l’APOEL Nicosie serait une terreur dans le championnat de France.

On avait été surpris de découvrir que les attaquants de ligue 1 étaient tout aussi efficaces que leur voisins européens (allez voir ici si vous avez raté l’info) alors on a regardé plus en détail leurs performances, et finalement, dans à peu près toutes les catégories statistiques, le championnat de France place deux ou trois joueurs dans le top 10. En termes de qualité technique, la Ligue 1, c’est pas pire qu’ailleurs.

Alors c’est quoi le problème ?

Si les joueurs ne sont pas si mauvais, le suspect suivant sera évidemment l’entraineur. Et certains indices nous mettent déjà la puce à l'oreille. Pour commencer, en France, au moment ou cet article est écrit, les trois entraineurs en tête de la ligue 1 sont Tüchel, Villas Boas et Sousa, trois entraineurs étrangers. Ailleurs en Europe, hormis Zidane à Madrid - et encore, celui-ci n’a jamais exercé en France - il n’y aucun entraineur français en poste. Un hasard ? Oui répondait Guy Lacombe, responsable de la formation des entraineurs à la DTN. Il se confiait dans les colonnes du parisien :

« Il y a des modes et ce n'est pas actuellement celle des coachs français. Tout cela est cyclique. La formation française est reconnue et il n'y a pas de raison de penser que nous sommes moins bons que nos homologues étrangers. »

Un peu facile non ? C’est la faute à pas de chance, attendons, ça va revenir. Luis Fernandez avançait dans le même article un argument un tantinet plus pertinent :

« Ce n'est pas une question de savoir-faire, mais de réseaux. C'est simple, aucun entraîneur français ne travaille avec un agent capable d'avoir des connexions à l'étranger. C'est la base. Regardez l'ex-coach de Nantes, le Portugais Cardoso. Quelques semaines après son licenciement, il avait déjà retrouvé un poste au Celta Vigo alors qu'il a échoué en L1 ! Mais le gros problème des Français, c'est qu'ils n'ont personne pour aller vanter leurs qualités en dehors du pays. […] A part Lyon, ou Rennes un peu cette saison, peu de clubs dirigés par des Français brillent. On ne sait pas se vendre et se montrer. Forcément, c'est compliqué. »

Donc les entraineurs français ne réussissent pas en Europe mais ça ne serait pas un problème de compétence. Admettons. Alors pourquoi ce manque de popularité ?

On l’a déjà fait remarquer (toujours ici), le championnat de France, ça fait pas exactement se dresser les poils question spectacle. Le jeu est lent, la plupart des équipes jouent avant tout pour ne pas perdre et tout le monde vie très bien avec ça. Pas de quoi motiver un club étranger à se pencher sur le CV d'un coach français. Mais d'où vient cette frilosité tactique toute française ? Autant la DTN n'a jamais eu une image de grande modernité, autant les accuser de former des entraineurs conservateurs serait un peu injuste.

Petit point statistique. En France, sur les trois dernières saisons, on a licencié vingt entraineurs en cours de saison. A titre de comparaison, en Allemagne on a viré vingt-sept, vingt-neuf en Italie, trente-et-un en Espagne et vingt-deux en Angleterre. Autre statistique intéressante, la position moyenne des entraineurs remerciés. 17e en France, 17e en Angleterre, 15e en Espagne, 15e en Italie et 14e en Allemagne (dans un championnat à 18).

En France, on est plus patient avec nos entraineurs. On leur laisse plus le temps de mettre en place leurs projets.

Enfin ça c’est une façon de voir les choses. Disons le verre à moitié plein. L’autre façon d’interpréter ça, c’est le manque d’ambition général des clubs français. On est plus tolérant parce qu’on a moins d’attente, en Ligue 1 comme en Europe. On se satisfait finalement assez bien de la médiocrité.

Derrière, c’est humain, les coachs ont moins de pression donc ressentent moins le besoin de prendre des risques. Résultat, quand les matchs de milieu de semaine arrivent, les clubs français se font taper par des équipes de morts de faim qui jouent pour gagner alors qu’un bon 0-0 des familles aurait satisfait tout le monde.

On nous rabâche sans cesse les oreilles avec le manque de culture européenne des clubs français. Mais c’est quoi la culture européenne ? La culture de la victoire ? C’est bien possible. Et c’est probablement ce qu’il manque à la ligue 1. La ligue des talents assurément mais pas la ligue des vainqueurs.

Alors à qui la faute ? Aux entraineurs, incapables de mettre en place un plan de jeu un tant soit peu efficace face à des équipes qui en veulent sans doute plus ? Aux joueurs, peut-être coupable de suffisance quand la grande Ligue 1 affronte le championnat kazakh ? Aux clubs, dont le manque d’ambition à tous les niveaux, finit par se ressentir même sur le terrain ? A la DTN, incapable de se remettre en cause et de se poser les bonnes questions ? Sans doute un peu à tout le monde et pour changer ce manque d’ambition généralisé, tout les droits télés du monde n’y suffiront pas.

La Redac
Aux footix, on est tous journaliste sportif. Envoyez vos articles à articles@lesfootix.com, les meilleurs seront publiés chaque jours. Allez jeter un œil à notre manifeste

autres analyse
Le manifeste des Footix
rejoignez la communauté et devenez editorialiste pour les footix.

Les footix est une tribune libre dédiée au foot. Envoyez nous vos article à articles@lesfootix.com, les meilleurs seront publiés chaque jours.

Si vous avez un avis à donner, un coup de gueule à passer, ecrivez-nous à mail@lesfootix.com. Les meilleurs courriers seront publiés dans la boite au lettre des footix.
sur le même thème
Les meilleurs contributeurs